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La grenouille libérale, le veau d’or, l’opinion sincère, Platon et Darwin... PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Transitio   
Dimanche, 20 Mai 2012 17:03

Sincérité n'est pas vérité...




(Petite fable sans morale à la fin, qui parle de la sincérité des opinions)


Voici un article biscornu de ma composition. Il débute par l’évocation d’une grenouille du libéralisme voulant se faire plus grosse que le veau d’or, fait une pause en Grèce en compagnie du fantôme de Platon et se termine curieusement avec Darwin et La Boétie. Quel programme !

Je vous invite à le lire, et surtout, à vous faire votre opinion !


Le cas pathologique d’un expert médiatique.

 

Médiapart et Arrêt sur image viennent d’évoquer dans deux excellents articles, le cas pathologique de Marc Fiorentino, l’un de ces experts financiers habitués à psalmodier les pseudos vérités du libéralisme sur nos médias.

Cet expert autoproclamé a joué pendant des mois le rôle du prophète de malheur, en prédisant pire que les dix plaies d’Egypte, si François hollande était élu ! Ce triste sir a psalmodié les mantras de la sainte église néolibérale sur nombre de plateaux télés. Tapez son nom dans la barre de recherche de Google e, vous allez vous régaler ! Sachez qu’il officie d’ordinaire sur BFMTV (c’est tout dire).

Lisez par exemple cet article publié sur la Tribune le 6 février, dans lequel il prédisait que la France devrait s’humilier à genoux dans la City londonienne en cas de victoire de François Hollande. C’est un petit bijou que la Tribune à la gentillesse de garder sur son site (Cliquez sur l'image) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un esprit "télé-visionnaire"

 

Je vous propose également de découvrir ce bel esprit en visionnant ce grand ( ?) moment de télévision durant lequel il a glosé sur la couverture de l’édition du 31 mars 2012 du journal anglais « The Economist ».

 

Voici le lien sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xqaji3_la-france-sera-a-genoux-apres-les-elections-the-economist_news

 

Le fameux mensuel d’outre-manche assurait en effet que la France était dans le déni et que la foudre jupitérienne des marchés financier allait s’abattre sur notre malheureux pays si la gauche était portée au pouvoir suprême élyséen.

La seule parole sensée de l’intervention de M. Fiorentino, est sa comparaison de « The Economist », cette bible du néolibéralisme, avec « La Pravda » à l’époque où ce journal russe se faisait l’écho des « vérités » communistes de la défunte union soviétique (Pravda veut d’ailleurs dire vérité). Ces deux journaux ont en effet en commun de défendre une idéologie, critiquable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François Hollande a été élu. Quid des horreurs annoncées par M. Fiorentino et ses coreligionnaires ?

 

Les eaux de la Seine se sont-elles changées en sang ? Une pluie de sauterelles s’est-elle abattue ? Les rues ont-elles été envahies par les grenouilles ? Les traders assoiffés d’argent de la City ont-ils crié haro sur la France. Les sacro-saints marchés financiers se sont-ils abandonnés à l’ivresse de la vengeance ?

 

Voici ce qu’écrivait le Figaro au lendemain du « séisme » de l’élection de François Hollande :

« Le premier emprunt important de la France sur les marchés depuis l'élection de François Hollande était attendu avec une certaine appréhension. Mais au vu des résultats de ce mercredi, les inquiétudes au sujet d'une attaque spéculative contre la France s'avèrent infondées pour le moment. L'Agence France Trésor (AFT) a emprunté, mercredi, un peu plus de 9,1 milliards d'euros dans des conditions historiquement favorables. En particulier, l'AFT a émis 3,65 milliards d'euros à 5 ans au taux record de 1,72%, le plus bas niveau jamais enregistré depuis la création de l'euro. »




En résumé, la France n’a jamais emprunté à un taux aussi bas, et ce malgré la perte du triple A de janvier et l’élection de François Hollande par les Français !

 

Où je parle (enfin) de la grenouille et du veau d'or...

 

L’objet de mon article n’est pas de m’acharner sur M. Fiorentino, qui n’est que l’une des milliers de bonnes grenouilles qui coassent en cœur dans la mare des flux financiers, rêvant de se faire un jour plus grosse que le veau d’or.

 

Peu importe que des sanctions soient infligées à ce monsieur et à la société qu'il dirige, comme le retrait d’agrément décidé par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) ou les sanctions répétées de l’Autorité des Marchés financiers (AMF).

Comme celle-ci par exemple : http://www.amf-france.org/documents/general/8779_1.pdf

Ou celle-là : http://www.amf-france.org/documents/general/9652_1.pdf

Peu importe, car nous pouvons être surs que nombre de médias continueront de lui dérouler le tapis rouge. Pourquoi devrait-il en être autrement ? Ce malheureux évangéliste du dieu argent ne fait que défendre avec ardeur et sincérité le dogme de l’idéologie dominante !

Vous aurez peu de chance de voir ou entendre l'un des 700 économistes signataires du manifeste des économistes atterrés ! Je vous recommande d'ailleurs la lecture dudit manifeste : http://atterres.org/sites/default/files/Manifeste%20sous%20PDF.pdf

Gageons de plus que le pauvre bougre était probablement sincère lorsqu’il voyait en cauchemar les Méphistos des Marchés financiers s’abattre sur une pauvre France sans défense.

Je suis assez vieux pour me souvenir du vent de panique qui avait balayé la France après la victoire de la gauche en 1981. Je me souviens de Corine Lepage qui elle aussi était sincère lorsqu’elle prévoyait l’arrivée des chars russes sur les champs Elysée dans les 15 jours qui suivraient l’élection de François Mitterrand. (Sa peur des rouges et des roses s’est fort heureusement apaisée depuis, puisqu’elle a soutenu François Hollande au second tour).

 

La sincérité, quel problème en vérité !

 

Ils sont sincères ces gens qui croient fermement que les immigrés volent le travail des Français et qui ne veulent pas faire le rapport ne serait-ce qu’une minute entre le chômage et les délocalisations. C’est tellement plus facile et surtout plus lâche, d’accuser un immigré sans défense, qu’un brillant ingénieur qui planifie sans état d’âme la délocalisation de son entreprise (pour ne pas parler des patrons voyous qui déménagent les usines la nuit).

Juste pour nourrir votre réflexion, jetez un œil sur cette invitation d’une soirée organisée par une association de Supélec sur le thème de la délocalisation, ou « après les problématiques stratégiques, méthodologiques et pratiques qui seront présentées, les questions sociales et sociétales voire morales, vous seront proposées pour un débat ». C’est édifiant !

Ils seront sincères ces jeunes ingénieurs de Supélec qui mettront au chômage des milliers d’employés !

 

La sincérite, une arme de conviction massive...

 

Ils sont également sincères tous nos concitoyens qui pensent que la France est endettée parce qu’elle a trop dépensée pour ses services publiques. Ils sont souvent bien éduqués et se croient parfois mieux informés parce qu’ils regardent BFMTV au lieu de TF1.

Ils étaient sincères, nos parents ou grands-parents, qui pensaient dans les années 60 que le nucléaire était une idée géniale !

Ils étaient sincères aussi ceux qui prétendaient à la même époque que les colonies devaient rester françaises !

Ils étaient sincères encore ceux qui redoutaient que l’instauration des congés payés, de l’assurance maladie ou de la retraite ruinerait la France. En ces temps là il y avait la sainte peur de l’Allemagne (A-t-elle vraiment disparue ?). A présent il y a le chiffon rouge de la Chine et dans les bonnes familles, on fait apprendre le chinois aux enfants comme on faisait apprendre l’allemand avant la guerre…

Ils étaient sincères hélas, ceux qui étaient contre l’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, l’interdiction du travail des enfants, l’école publique obligatoire, la séparation de l’église et de l’état, les 35 heures, et j’en passe…

 

Sincérité n’est pas vérité.

 

La sincérité est parfois désarmante, car elle a souvent des accents de vérité. Qui est sincère est seulement honnête (ce qui est déjà bien), et ne dit pas pour autant la vérité. Mais voici qu’en écrivant le mot « vérité », soudain j’éprouve le besoin de marquer une pause dans ma réflexion.

Après quelques instants de pause, le fantôme de Platon débarque en toge derrière mon écran et, fronçant les sourcils, me donne à lire son Théétète dans lequel Socrate se moque cruellement de la théorie de Protagoras sur les opinions. Lisez avec moi les propos du malicieux Socrate :

« Rappelle-toi, par exemple, ce qui a été dit précédemment, que les aliments paraissent et sont amers au malade et qu’ils sont et paraissent le contraire à l’homme bien portant. Ni l’un ni l’autre ne doit être représenté [167a] comme plus sage — cela n’est même pas possible — et il ne faut pas non plus soutenir que le malade est ignorant, parce qu’il est dans cette opinion, ni que l’homme bien portant est sage, parce qu’il est dans l’opinion contraire. Ce qu’il faut, c’est faire passer le malade à un autre état, meilleur que le sien.

« De même, en ce qui concerne l’éducation, il faut faire passer les hommes d’un état à un état meilleur ; mais, tandis que le médecin le fait par des remèdes, le sophiste le fait par des discours. Jamais en effet on n’est parvenu à faire qu’un homme qui avait des opinions fausses ait ensuite des opinions vraies, puisqu'il n’est pas possible d’avoir des opinions sur ce qui n’est pas, ni d’autres impressions que celles que l’on éprouve, et celles-ci [167b] sont toujours vraies. Mais je crois que, lorsqu’un homme, par une mauvaise disposition d’âme, a des opinions en conformité avec cette disposition, en changeant cette disposition contre une bonne, on lui fait avoir des opinions différentes, conformes à sa disposition nouvelle, opinions que certains, par ignorance, qualifient de vraies. Moi, je conviens que les unes sont meilleures que les autres, mais plus vraies, non pas. Et quant aux sages, mon cher Socrate, je suis loin de les comparer aux grenouilles… »

Et puis voila à présent Marc Aurèle (c'en est trop) qui me tend son manuel d’Epictète et me pointe de son doigt impérial cette phrase du maitre : « Face à quelqu'un qui te fait du tort par sa conduite ou ses propos, souviens-toi que s'il agit ainsi, c'est qu'il pense avoir raison. Il ne lui est pas possible de régler sa conduite sur ta façon de penser : c'est la sienne qui le guide, et, si elle est erronée, il se fait du tort à soi-même en demeurant dans son erreur. En effet, si une vérité complexe passe pour un mensonge, ce n'est pas la complexité qui est en faute, mais bien celui qui se trompe. En te fondant sur ce principe, tu garderas ton sang-froid face à ceux qui t'insultent : chaque fois, tu n'auras qu'à te dire : « C'est ce que lui pense » (XLII).

 

Opinions vraies, sincères, bonnes, mauvaises ou utiles ?

 

Tout devient plus compliqué, semble-t-il, lorsque l’on commence à se donner la peine de réfléchir à tout cela. Ainsi, nous devrions nous satisfaire d’opinions sincères, à défaut d’opinions vraies ? Ou bien peut-être rechercher les « bonnes » opinions et écarter les « mauvaises » ? Mais alors quels seraient les critères moraux différenciant les bonnes opinions des mauvaises ? Gageons qu’ils changeraient diablement selon les cultures !

Et pourquoi pas l’interprétation Darwinienne dans ce cas ? Les « bonnes » opinions seraient alors les opinions « utiles » à l’espèce. Je ne vous cache pas que cette solution me séduit. La théorie libérale se dissimule d’ailleurs parfois derrière une interprétation erronée du Darwinisme, celle de la loi du plus fort, excuse facile pour justifier une l’exploitation des « faibles ». Mais qu’en est-il du projet libéral magiquement guidé par la main invisible du marché ? Où cette mystique délirante du capitalisme est-elle entrain de nous mener ? Exploitation des hommes ? Pillage des ressources ? Saccage de l’environnement ?

Combien de temps encore les prétendus « faibles » accepteront-ils de s’appauvrir toujours plus, pour assouvir l’addiction maladive à l’argent des présumés « forts » ?

Et en vérité, qui sont les forts et qui sont les assistés ? Qui a vraiment besoin de qui pour vivre ?


Une économie de prédateurs ? Ou une économie solidaire ?

 

Comment disait autrefois ce bon vieux Etienne de la Boétie ? « Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ! ».

Comment dit-on outre-Atlantique ? « We are the 99 percent ? »

Une prise de conscience ?

 

Faites-vous votre opinion avant qu’il ne soit trop tard, et soyez sincère avec vous même...


A suivre sur Transitio.

Wink

 

 

Bertrand Tièche

Mise à jour le Mercredi, 12 Mars 2014 08:44
 

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